Table des matières
Énergie solaire : une rente, pas une source
Article lié à la communauté Vallée Mistral dans Low Futur.
Un panneau solaire photovoltaïque perd entre 0,5 et 0,8 % de son rendement chaque année.1) À ce rythme, un panneau installé en 2030 produira environ 20 à 25 % de moins en 2060. Ce n'est pas une panne. C'est une dégradation progressive et irréversible. Quand le panneau est hors d'usage, personne dans la communauté ne peut en fabriquer un nouveau.
C'est ce que la Vallée Mistral appelle “une rente sur du capital qu'on ne sait pas refaire”. On exploite l'héritage des panneaux installés avant l'Effondre. Quand ce capital sera épuisé, ce sera épuisé.
Photovoltaïque : ce qu'on peut et ce qu'on ne peut pas réparer
Le rendement des panneaux cristallins commerciaux était de 18 à 22 % dans les années 2020.2) Les cellules sont encapsulées dans du verre et de l'EVA (éthylène-acétate de vinyle), liées par des connexions très fragiles. Un panneau fissuré ou dont les connexions internes sont oxydées peut voir son rendement chuter de moitié sans dommage visible à l'extérieur.
Ce qui est réparable en communauté, avec des savoir-faire d'électricien de base : les connexions entre panneaux, les câbles, les régulateurs de charge, les onduleurs. Ce qui ne l'est pas : les cellules elles-mêmes. La réparation à l'échelle d'une cellule nécessite un équipement spécialisé et des composants qu'aucune communauté post-Effondre ne peut produire localement.
Le stockage pose un problème différent. Les batteries lithium-ion sont plus légères et plus performantes (rendement 90-95 %), mais leur chaîne d'approvisionnement repose sur du lithium (Amérique du Sud, Australie), du cobalt (République Démocratique du Congo, dans des conditions documentées comme problématiques3)), et du nickel. Ces matériaux ne se trouvent pas localement, et leur traitement nécessite des infrastructures industrielles.
Les batteries plomb-acide, technologie du XIXe siècle (Gaston Planté, 1859), sont moins performantes (rendement 70-80 %) mais robustes, réparables, fabriquées avec des matériaux plus accessibles. Elles nécessitent une ventilation (dégagement d'hydrogène lors de la charge) et un entretien régulier. Elles restent disponibles dans les équipements de récupération, et les savoir-faire de reconditionnement existent.
Le solaire thermique, l'option ignorée
Le solaire thermique convertit la lumière du soleil en chaleur directement, sans passer par l'électricité. Son rendement est de 50 à 70 %, contre 18 à 22 % pour le photovoltaïque.4) Il couvre 50 à 80 % des besoins en eau chaude sanitaire dans les régions tempérées ensoleillées.
Un capteur solaire thermique plan peut être fabriqué localement : un absorbeur en métal noirci (cuivre ou acier) sous une vitre, dans un caisson isolé. Le circuit hydraulique est simple. Sa durée de vie, avec entretien, peut dépasser 30 ans. Il ne produit pas d'électricité, mais il couvre directement ce dont on a souvent besoin en premier : la chaleur pour l'eau et la cuisson.
Avant l'Effondre, le photovoltaïque avait largement éclipsé le solaire thermique dans les discussions sur la transition énergétique, parce que l'électricité est plus polyvalente que la chaleur. C'était vrai dans un monde où les panneaux photovoltaïques étaient disponibles, remplaçables et bon marché. C'est moins vrai quand la question est : qu'est-ce que je peux encore faire fonctionner dans 30 ans ?
Ce que ça soulève
La Vallée Mistral anticipe ce qu'elle appelle son “pic solaire” : le moment où la capacité de production photovoltaïque aura suffisamment décliné pour ne plus couvrir les besoins minimaux. La stratégie : réduire progressivement les consommations dépendantes de l'électricité, développer des alternatives non électriques (solaire thermique, hydraulique si la topographie le permet, traction animale), adapter la demande aux plages de production disponibles.
Ce n'est pas une stratégie de catastrophisme. C'est une gestion de ressource avec un horizon connu. Les sociétés forestières l'ont toujours fait avec le bois : on ne coupe pas plus que ce qui repousse, et on plante pour les générations suivantes. La différence avec les panneaux solaires : le bois repousse. Les panneaux, non.
La question posée par la Vallée Mistral est celle-ci : comment organiser une décroissance énergétique contrôlée ? Pas par idéologie, mais par nécessité arithmétique. C'est probablement la question centrale de toute communauté qui veut durer.
Sources
- Jordan, D.C. & Kurtz, S.R., Progress in Photovoltaics, 2013
- Duffie, J.A. & Beckman, W.A., Solar Engineering of Thermal Processes, 2013
- IEA, Renewables 2022
- Amnesty International, This is what we die for, 2016
- USGS, Mineral Commodity Summaries, 2023
